Edito

Septième édition du Festival ARTONOV


« À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. » 

Edgar Morin aura passé sa vie entre les deux. Mille urgences nous dispersent, nous courons de reflet en reflet.

Grâce à cette phrase, j’aimerais vous présenter le thème de la septième édition du Festival ARTONOV 2021 : le mot japonais IBASHO (l’endroit où vous vous sentez le mieux, où vous pouvez rester vous-même).

La langue japonaise est une langue quelque peu poétique avec des significations différentes pour le même mot ou signe et une présence constante de l’espace et du temps.

Depuis quelque temps, nous nous sommes habitués à l’incertitude de l’avenir et le langage s’est retrouvé parsemé de mots qui accompagnent notre vie entre l’essentiel, le non-essentiel et l’éloignement physique.

Plus qu’une carte blanche pour la création artistique, le thème de cette année est une véritable réflexion sur le rôle de l’art dans nos vies et peut-être une réflexion sur le langage lui-même.

Le philosophe Gilles Deleuze avait fait, dans les années ’90, une observation sur le rôle de l’art et sa différence avec la communication.

Pour lui, l’art n’a rien à communiquer ou à contre-communiquer. En définissant la communication comme une transmission d’informations et l’information comme un ensemble de mots d’ordre, l’art a au contraire en lui un acte de résistance et quelque chose qui résiste à la mort.

La programmation de cette année possède une conception quelque peu holistique et est composée d’un parcours interdisciplinaire d’une semaine qui nous amènera à réfléchir sur diverses questions.

Une programmation sensorielle à la Maison de La Poste avec Balsam de la compagnie Laika, ainsi que les “classiques” de la programmation ARTONOV à l’Hôtel van Eetvelde ou à l’Hôtel Max Hallet. S’ajoute à cela des lieux plus contemporains comme la Tour à Plomb et See U où des performances comme Forme(s) de vie et Urban Beethoven portent des réflexions sur le handicap, la lutte pour le mouvement même ou la démocratisation de l’art, qui demeurent désormais reléguées aux marges de nos sociétés technoscientifiques, ultra compétitives et hygiénistes.

ARTONOV sera un peu le grain de sable qui vient déranger l’huître pour raviver à la fois chez le public et les artistes l’envie de l’écoute, avec une oreille-témoin désirante et surtout résistante.

« La liberté suppose un risque, le seul risque vrai que court jamais un homme, et par lequel il se fait homme ; c’est une seconde naissance dont on peut crever. En captivité, nous avons connu des hommes libres. Ils avaient accompli le geste qu’il fallait : donné leur pain quand ils avaient faim ; coupé le barbelé quand on leur disait d’attendre. Ils seraient morts pour que d’autres vivent ou pour vivre eux- mêmes : ils existaient. Presque tous, à certains moments, nous avons existé. Mais aujourd’hui cela n’est plus assez. Le retour nous a posé un problème plus insidieux. Il faut aussi libérer cette part de nous-même qui est historique et quotidienne. Engagés dans les travaux et les jours, nous ne sommes plus des existants, mais des vivants. »

Henri Maldiney, La dernière porte (L’ouvert n°1).

 

Vincenzo Casale, Artistic Director

Jens Van den NieuwenhuysenEdito 2021